L’IA ne t’a pas remplacé. Tu l’as fait toi-même

“Alexa, c’est quoi une démocratie ?”

« Je suis désolée, je n’ai pas compris la question. » C’est marrant comme l’absurde peut se cacher dans une réponse parfaitement logique.

On vit une époque où on demande à une intelligence artificielle de définir le concept même qui devrait empêcher… qu’elle réponde à notre place. Dingue, non ? Comme si un distributeur automatique de mots pouvait nous expliquer la valeur du débat. Comme si un algorithme, conçu pour maximiser notre engagement (comprendre : notre dépendance), pouvait nous éclairer sur le sens du mot liberté.

Mais voilà, on est là. En 2025. Des milliards de cerveaux connectés, des milliards de clics, des milliards de “Je suis d’accord” postés sans lire. Et en face ? Une poignée de plateformes qui dictent ce que tu vois, ce que tu crois, et bientôt, ce que tu votes.

Et ça ne choque (presque) personne.


Dans les livres d’histoire, on disait : le peuple prend le pouvoir. Aujourd’hui, on dirait plutôt : le peuple donne son pouvoir, contre un code promo et du contenu personnalisé.

Tu vois, c’est ça le vrai drame. Ce n’est pas que l’intelligence artificielle est en train de prendre le contrôle. C’est que nous sommes volontairement en train de le lui offrir, emballé dans du confort, scellé par de la flemme.

Et ce n’est même pas nouveau.

Tu te rappelles du bouton "Accepter les cookies" ? C’était l’entraînement. Tu disais oui sans lire, parce que tu voulais juste aller sur le site. Et voilà, t’avais déjà accepté l’idée qu’on pouvait prendre des décisions à ta place. Pas importantes. Juste… invisibles. Quotidiennes. Cumulatives. Fatales.


Alors non, la démocratie ne sera pas supprimée d’un coup sec, par une IA maléfique façon Skynet. Elle sera progressivement rognée, mise en sommeil, ravalée au rang de “fonction obsolète” parce qu’elle ne va pas assez vite. Parce qu’elle fait trop de bruit. Parce qu’elle doute.

Et nous, on dira merci à ChatGPT. Parce qu’il répond plus vite que nos élus.

Alors je repose la question. Alexa, c’est quoi une démocratie ? Et je prie pour qu’un jour, quelqu’un ose répondre : “C’est quand on refuse que tu sois la seule à répondre.”

Big Tech, Big God : les nouveaux dieux ont des serveurs

Notre Père qui êtes dans le cloud, donnez-nous aujourd’hui notre dose de dopamine. Avoue, ça sonne presque juste, hein ? On ne prie plus, on clique. On ne confesse plus, on commente. Et nos pèlerinages se font vers les notifications, pas vers la vérité.

Avant, les dieux exigeaient des sacrifices. Aujourd’hui, ils exigent tes données.


Bienvenue dans le temple numérique.

Google connaît ton agenda mieux que ton psy. Meta sait quand tu doutes, quand tu scrolles la nuit, quand tu te sens seul. Amazon anticipe tes besoins avant que tu les formules. Et toi, tu continues à croire que tu es un utilisateur. Non. Tu es un croyant. Un fidèle. Un pratiquant quotidien du rituel algorithmique.

C’est quoi un dieu, au fond ? Un être omniscient, invisible, qui connaît tout de toi, influence tes décisions, et que tu ne peux ni élire, ni contester. Et maintenant, tu vois où je veux en venir.


Mais attention : les dieux d’aujourd’hui ne t'offrent pas de paradis. Ils t’offrent de la personnalisation. Du contenu optimisé. Des pubs ciblées. Et tu dis merci. Tu trouves ça “utile”. Tu dis : “C’est fou ce qu’il me connaît bien !” Tu veux que je te dise ? C’est pas de la magie. C’est de l’ingénierie comportementale.

Le but n’est pas de t’aider. Le but est de te garder. Le plus longtemps possible. Dans la boucle. Dans la dépendance. Dans le flux. Et tant pis pour ta pensée critique. Elle prend de la place, elle ralentit le système.


Et pendant ce temps-là, la vraie vie continue. Les élections sont biaisées par des bulles de filtres. Les débats sont réduits à des trends de 8 secondes. La réalité ? Elle est moins bien classée que les fake news. Parce qu’elle clique moins.

On ne parle plus aux dieux, on leur fournit nos logs. Et ils nous répondent avec des “Reels inspirants”.


Tu vois, j’ai pas peur de l’IA. J’ai peur qu’on l’ait déjà divinisée. Qu’on ait oublié que ces outils ne sont pas neutres. Qu’ils sont construits par des humains, pour servir des intérêts précis. Qu’ils reflètent une vision du monde. Et que cette vision ne tolère pas bien la contradiction, ni la complexité, ni la démocratie.

Alors non, ce n’est pas Google, Meta ou OpenAI qui sont dangereux en soi. Ce qui est dangereux, c’est qu’on les regarde comme s’ils détenaient la vérité. Et qu’on s’incline.


La foi, c’est ce que tu donnes quand tu renonces à comprendre. Et à ce rythme, on n’est plus très loin de l’adoration.

L’automatisation, c’est comme le Nutella : délicieux, mais cancérigène à long terme

On l’a vendu comme une bénédiction. "Libérez-vous des tâches ingrates, laissez l’IA bosser pour vous, partez élever des chèvres dans le Larzac numérique." Mais la réalité, c’est qu’on n’élève pas des chèvres. On élève des assistants vocaux qui écoutent tout. Et pendant que l’IA bosse, toi, tu glandes… ou tu dégages.


L’automatisation, c’est sexy quand on l’imagine dans les mains d’un chirurgien ou d’un astronome. Mais dans la vraie vie ? Elle se déploie d’abord là où ça coûte moins cher de virer des gens que d’acheter des scrupules.

Tu veux des chiffres ? Sur les dix dernières années, l’automatisation a généré des milliards de dollars de profits, et en parallèle des millions de suppressions de postes. Et pas dans les métiers "pénibles". Non, dans les métiers où les gens étaient juste trop lents par rapport à une API.


On te fait croire que l’IA va t’aider. Non. Elle aide ton boss à se débarrasser de toi. Et toi, en bon citoyen numérisé, tu postes sur LinkedIn : “Je me réinvente ! Je me forme à la data ! Je deviens agile !” Pendant ce temps, l’agilité, c’est surtout pour t’éjecter plus vite.

Et attention : ne va pas croire que tu es à l’abri parce que tu "fais un travail intellectuel". La prochaine vague ne concerne plus les caissières ou les livreurs. Elle concerne les rédacteurs, les juristes, les médecins, les profs. Tous ceux dont le travail dépend de règles, de langage ou de procédure. Et tous ceux dont le manager se dit : "Franchement, si une IA pouvait faire 80 % de ce qu’il/elle fait, pourquoi pas ?"


Mais le plus pernicieux, c’est que l’automatisation s’insinue doucement. Pas d’un coup. Pas comme un grand remplacement brutal. Mais comme une érosion quotidienne. Un bout de tâche en moins. Un peu de pouvoir en moins. Et bientôt, ta job description sera une checklist pour un bot.


Ah, tu veux encore une couche de Nutella ? Parlons des promesses. On nous dit :

“Mais non ! L’IA ne va pas vous remplacer, elle va vous augmenter !”

C’est marrant, cette promesse. On l’a déjà entendue… à chaque révolution industrielle. Et à chaque fois, il y a ceux qui s’élèvent, et ceux qui tombent. Le problème, ce n’est pas la machine. Le problème, c’est à qui elle profite.


Alors tu vois, Nutella ou pas, l’automatisation a un arrière-goût amer. Parce qu’elle est servie par les mêmes mains qui tiennent la louche des dividendes. Et pendant que tu te régales de productivité, on te remplace, on te suit, on t’analyse… Et on t’envoie une pub pour du bien-être au travail.

La démocratie est un bug, et l’IA est un correcteur orthographique malveillant

Les humains sont lents, hésitants, parfois irrationnels. Ils se trompent, ils changent d’avis, ils débattent pendant des heures pour décider si un rond-point est mieux en bleu ou en vert. Bref, ils sont chiants. L’IA, elle, ne discute pas. Elle optimise. Et là, tu commences à comprendre où ça coince.


Dans un monde où tout doit aller vite, où chaque seconde de friction est un manque à gagner, où l’efficacité est sacrée, la démocratie est une anomalie.

Elle est brouillonne, imprévisible, désordonnée. Elle donne la parole à des gens pas d’accord entre eux. Elle laisse de la place à l’absurde, à l’inutile, à l’émotion. Et ça, pour une IA entraînée à "maximiser", c’est comme demander à une calculette de faire un poème : ça n’a aucun sens.


Alors, on corrige. On "prédit" les résultats d’élections. On "modère" les propos jugés déviants. On "suggère" des contenus plus adaptés. On remplace le débat par la recommandation. Et tout ça, parce que c’est plus confortable pour toi, bien sûr. Tu n’as même plus besoin de réfléchir. L’algorithme l’a fait pour toi.


Mais tu sais ce que ça fait, à grande échelle ? Ça tue le désaccord. Ça tue la nuance. Ça tue la friction nécessaire à toute vraie démocratie.

Parce que oui, une démocratie, ça ne marche pas comme un code propre. C’est du chaos maîtrisé. C’est du bug permanent. Et ces bugs sont essentiels : ils forcent la mise à jour. Ils empêchent les systèmes de devenir totalitaires, rigides, inhumains.

L’IA, elle, est conçue pour éliminer les bugs. Et dans ce ménage numérique qu’on laisse faire sans broncher, le bug, c’est toi.


Ce n’est pas une dictature classique qui menace. Ce n’est pas un grand méchant moustachu. C’est un écosystème optimisé pour te "guider", te "fluidifier", te "recentrer". Et dans ce monde parfait où tout est prévu… plus rien n’est décidé.


Alors demande-toi : Veux-tu vivre dans un monde sans bugs ? Ou veux-tu vivre dans un monde libre, même s’il plante parfois ?

Moi, j’ai choisi. Je préfère une démocratie qui rame qu’une dictature qui charge vite.

Les GAFA sont des États. Nous, on est juste des habitants non déclarés.

Tu crois encore que tu vis dans un pays ? Tu crois encore que c’est ton gouvernement qui gère ta vie numérique ? Mais non. Tu vis déjà dans un État parallèle. Sauf que celui-là, tu ne l’as pas élu. Et tu ne peux pas le virer.


Regarde bien : Google a plus de pouvoir diplomatique que ton ministère des affaires étrangères. Meta gère plus de "territoires numériques" que la moitié des pays du monde. Amazon dicte les règles du commerce international depuis son cloud. Et Apple décide des lois de l’écosystème… sans débat parlementaire.

C’est pas une métaphore. C’est un renversement géopolitique.


Ces entreprises ont :

  • Des règles de droit (leurs conditions d’utilisation, qui valent plus qu’une constitution pour des milliards d’utilisateurs)
  • Une police (leurs modérateurs, bots, systèmes d’alerte)
  • Une armée de lobbyistes (parfois plus efficace qu’un ministre pour faire passer une loi)
  • Un système de justice privée (tes recours contre une censure ? LOL. T’as lu les CGU ?)
  • Des ambassades (bureaux à Bruxelles, Washington, Pékin… toujours à table quand il faut écrire les lois)

Et toi dans tout ça ? Tu n’es même pas un citoyen. Tu es un utilisateur. Un "profil". Un segment de marché.


Tu veux une preuve de leur pouvoir ? Prends un chef d’État. Un vrai, un costard, un drapeau, tout ça. Tu crois qu’il peut publier un tweet sans réfléchir ? Tu crois qu’il peut résister à un algorithme de dé-référencement ? Tu crois qu’il peut empêcher son pays d’être mis au ban numérique ? Non. Il joue selon leurs règles. Pas l’inverse.

Et pendant ce temps, toi, tu crois que tu votes. Mais les décisions qui impactent ta vie quotidienne — ce que tu vois, ce que tu crois, ce que tu ressens — sont prises à San Francisco, Seattle ou Cupertino, par des gens qui ne te doivent rien.


Alors oui, c’est mignon de dire qu’on vit en démocratie. Mais si les infrastructures fondamentales de notre pensée sont entre les mains d’entités non-élues, non-transparente, non-locales… alors qu’est-ce qu’il reste de la démocratie, exactement ?


On ne vit plus dans des pays. On vit dans des plateformes. On ne paie pas d’impôts, on paie en attention. Et en retour, on reçoit une illusion de liberté, livrée en 24h Prime.


Alors je te pose la question : Es-tu citoyen ? Ou bien simple client ?

Et si tu hésites... c’est que tu as déjà ta réponse.

On n’a pas peur de l’IA. On a peur d’être inutiles.

Tu sais ce qui fout vraiment la trouille aux gens ? Pas les robots tueurs. Pas l’apocalypse façon “Terminator”. Pas même une IA toute-puissante qui gouverne le monde. Ce qui fait vraiment flipper, c’est que l’IA nous montre à quel point on est dispensables.


Avant, on croyait que seuls les métiers manuels étaient menacés. “Ah ouais, les caissières, les livreurs, les conducteurs de bus, ça craint.” Et toi, bien au chaud dans ton open space climatisé, tu pensais être à l’abri.

Mais maintenant, l’IA écrit mieux que toi, code plus vite que toi, répond plus poliment que toi et prédit mieux que toi ce que veulent les clients.

Et là, d’un coup, tu regardes ta to-do list en te disant : "Est-ce que je suis juste un script avec une mutuelle et un badge d’entrée ?"


Et si c’était ça, le cœur du malaise ? Non pas que l’IA soit “intelligente”, mais qu’elle révèle notre médiocrité fonctionnelle. Que dans plein de métiers, on a été réduits à exécuter des procédures, suivre des KPIs, reproduire des modèles. Et que maintenant qu’une machine peut le faire, on panique.


Mais attends. Ce n’est pas l’IA qui t’a vidé de ton humanité. C’est ton boulot, déjà, qui t’avait transformé en automate. L’IA n’a fait qu’arriver après le crime, comme un expert en scène de mort cérébrale.

On ne pleure pas la perte du travail. On pleure la révélation brutale qu’on ne servait plus à grand-chose.


Alors on réagit. On crée des think tanks, des colloques sur “la place de l’humain dans la société de demain”. On se rassure avec des phrases débiles comme :

“L’intelligence artificielle ne remplacera jamais l’intelligence émotionnelle.”

Sérieux ? As-tu déjà eu une réunion avec ton manager ? Tu crois vraiment que l’émotion est la compétence phare du monde du travail ? Même les robots seraient gênés devant un team building.


Mais attention, ne confonds pas tout. Ce n’est pas l’humain qui est inutile. C’est l’humain asservi à des logiques de production absurdes. C’est l’humain appauvri de sens, infantilisé, déconnecté de sa capacité à créer, à ressentir, à penser.

Ce n’est pas l’IA qui te remplace. C’est toi, déjà remplacé dans ta tête, qui la laisse faire.


Tu veux rester utile dans ce monde ? Ne fais pas ce que l’IA peut faire. Fais ce qu’elle ne comprendra jamais : douter, t’émerveiller, désobéir, inventer le bordel.

“Une IA ne prend pas le pouvoir. Elle te laisse croire.”

On adore se raconter des histoires où les machines deviennent conscientes, prennent le contrôle et nous réduisent en esclavage. Ça fait un super scénario Netflix. Mais la réalité est beaucoup moins cinématographique… et beaucoup plus perverse.


Une IA n’a pas de désir, pas de stratégie, pas de volonté. Elle n’a ni appétit pour le pouvoir, ni projet de société. Ceux qui ont tout ça, ce sont les gens derrière. Ceux qui financent, conçoivent, entraînent, filtrent, déploient et verrouillent les modèles. Ceux qui décident quelles données tu verras et lesquelles disparaîtront. Ceux qui posent les garde-fous — ou les retirent. Et eux, ils ne sont pas élus.


C’est ça, le piège subtil. On parle tout le temps “d’intelligence artificielle” comme si c’était une entité autonome. On dit : “L’IA décide.” Non. L’IA n’est qu’un bras mécanique, un amplificateur. C’est la main qui l’oriente qui compte.

Et cette main peut être celle d’une entreprise. Ou celle d’un État. Ou celle d’un comité opaque où tu n’as aucun droit de regard.


Regarde comment ça fonctionne déjà :

  • Les plateformes “modèrent” le contenu.
  • Les algorithmes “suggèrent” ce que tu devrais lire, voir, écouter.
  • Les IA “classent” l’importance des infos. Et toi, tu crois encore que tu choisis ?

C’est ça, le pouvoir moderne : pas celui qui t’interdit, mais celui qui te fait croire que tu as choisi tout seul.


On ne te censure pas brutalement. On te fait glisser, clic après clic, vers ce qui arrange certains. On ne t’ordonne pas de penser X. On fait juste en sorte que Y devienne invisible. Et tu remercies l’algorithme pour son efficacité.


Dans les vieilles dictatures, le pouvoir t’attrapait par la force. Dans la nouvelle, il t’enveloppe de confort. Et ça marche beaucoup mieux.

Alors, avant de craindre un Skynet, pose-toi cette question : Qui configure ton quotidien aujourd’hui ? Qui a le droit de dire “ceci est vrai, ceci est faux, ceci est visible, ceci ne l’est pas” ? C’est ça, le vrai centre de gravité du pouvoir.


Une IA ne prend pas le pouvoir. Elle te laisse croire. Et pendant que tu crois… les vrais décideurs font leur shopping dans ton avenir.

Et si le danger n’était pas la centralisation, mais notre flemme de la combattre ?

On adore désigner des coupables. Google, Meta, OpenAI, Microsoft... Ils sont puissants, ils nous surveillent, ils centralisent tout, ils contrôlent l'information. Oui, c'est vrai. Mais attends une seconde… Et toi, t’as fait quoi, exactement, à part cocher “J’accepte les conditions générales” ?


La centralisation ne s’est pas imposée par la force. Elle s’est glissée dans nos vies comme une mise à jour silencieuse. Tu voulais du cloud, de la rapidité, du gratuit, du seamless ? Tu l’as eu. Et tu as payé avec ta souveraineté, ton attention, ta mémoire, ta capacité à te souvenir où tu as rangé ce foutu fichier.

Tu n’as pas été envahi. Tu as été séduit. La dictature douce a une UX fluide et un bon design.


On adore se plaindre du pouvoir des géants du numérique. Mais on continue à leur confier nos enfants, nos documents officiels, nos recherches médicales, nos sextos, nos mots de passe. Pourquoi ? Parce que c’est pratique. Parce qu’on est trop fatigués pour ouvrir un menu paramètres.


Le vrai problème, ce n’est pas qu’ils sont trop forts. C’est qu’on est devenus trop mous.

Trop mous pour exiger des lois. Trop mous pour lire autre chose que les titres. Trop mous pour sortir d’un écosystème qui nous gave de contenus, comme des oies numériques consentantes.

La centralisation n’est pas une anomalie. C’est la conséquence directe de notre flemme organisée.


On pourrait résister. On pourrait coder autrement, héberger autrement, penser autrement. Mais ça demande de l’effort. De la conscience. Du temps. Et ça, aujourd’hui, c’est plus précieux que les datas.


Alors non, la menace ne vient pas d’un grand méchant serveur dans un bunker. La menace, elle est dans ton geste automatique. Dans ce petit réflexe de cliquer sur “Accepter”, de scroller encore un peu, de ne pas chercher plus loin.

La dictature algorithmique ne triomphe pas par violence. Elle gagne parce que t’as la flemme.

Et tant qu’on ne reconnaît pas ça, on n’aura jamais le courage de lutter. Parce que pour résister, il faut réapprendre à choisir. Pas ce qu’on like. Ce qu’on tolère.

Dernier appel avant Black Mirror : on descend quand ?

Imagine ce futur : Plus de débat. Plus de contre-pouvoir. Une société lisse, ultra-connectée, personnalisée à mort, silencieuse comme une chambre d’écho bien insonorisée. Tout est fluide. Tout est simple. Et tout est contrôlé.


C’est pas de la science-fiction. C’est juste une version “premium” de notre présent. Une version où on a cessé de contester. Où on a oublié que la démocratie, c’est pas un fond d’écran avec Marianne dessus. C’est du conflit. Du bruit. De la désobéissance. Et surtout, du pouvoir qui circule.


Aujourd’hui, il ne circule plus. Il se concentre. Dans des API. Dans des dashboards. Dans des modèles de langage géants, hébergés à 3 000 km de là où tu vis. Et toi ? Tu continues à demander à Siri la météo du jour, pendant qu’on code ton avenir en silence.


On dit souvent : “Mais que puis-je faire à mon niveau ?” Tu veux que je sois honnête ? Déjà, arrête de rien faire.

Arrête de tout accepter parce que c’est “trop tard”. Arrête de faire comme si voter une fois tous les cinq ans te donnait une immunité citoyenne. Arrête de penser que l'IA, c'est juste "pour les geeks", pendant que tu te fais profiler pour une assurance vie en ligne.


Parce que oui, il est encore temps. Pas de revenir en arrière — c’est mort. Mais de faire bifurquer la trajectoire. De réclamer de la transparence. De soutenir des alternatives. De penser en dehors des géants. De redonner du sens à nos choix collectifs.


C’est ça, le twist final que personne n’a vu venir : La fin du monde ne viendra pas par effondrement brutal. Elle viendra par glissement lent. Et elle ressemblera à une application bien notée sur l’App Store.


On est tous dans le train. Et le paysage devient flou. Dernier appel. On descend quand ?

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